« CANCER » DANS L’ASSIETTE DE NOS ENFANTS ?

 Lors de mes consultations,  il m’arrive de me dire de mes patients : « Il a mon âge, suis-je aussi marqué ? » ou « Tout compte fait je ne suis pas si malade, j’ai de la chance ! » ; je ne sais pas pourquoi ? Je suis souvent stupéfait de voir des personnes qui n’ont jamais vu un médecin de leur vie, comme par exemple, les agriculteurs qui présentent subitement une maladie grave ou un cancer.

Je ne peux m’empêcher de me demander si ces patients ont utilisé des produits dits phytosanitaires depuis les années 1970/1980, comme les fongicides  (Dithiocarbamates, Phtalimides, Dicarboximides, Triazoles), les substances inorganiques (cuivre, sulfates, arsenic), les insecticides ou les herbicides (Triazines, Sulfamides). Car, aujourd’hui il n’y a pas vraiment de doute, plusieurs articles récents de la très sérieuse revue du « British Médical Journal », des laboratoires de recherche de l’INSERM U897 et du CNRS UMR 5231, mettent en évidence un lien de cause à effets entre l’exposition aux produits phytosanitaires et la baisse des performances intellectuelles (Alzheimer, affections dégénératives…) ou la hausse de cancer chez les agriculteurs et leurs familles.

 Et toutes ces molécules, nous les retrouvons dans notre assiette, notre verre d’eau ou de vin ! L’enquête, présentée par l’association « Génération Future », montre qu’un enfant, qui suit les recommandations du Ministère de la Santé, absorbe en une journée 128 résidus chimiques provenant de 81 substances différentes dans des produits achetés en grande surface à Paris et ses environs. Plus de la moitié sont suspectés d’être cancérigènes ou de perturber le système endocrinien et sexuel ; fongicide dans les pommes du Brésil, 15 résidus chimiques dans les haricots du Kenya et le beurre français, 34 dans le saumon européen… De quoi s’inquiéter et de se convertir au Bio !

 Doit-on s’étonner du recul de l’espérance de vie ? Ce phénomène exceptionnel depuis la fin de la seconde guerre mondiale est il conjoncturel ? Ou doit-on prendre en compte les répercutions du mode d’agriculture, de la « mal bouffe », de la baisse des revenus des classes moyennes qui se paupérisent, du coût de la santé qui écartent les plus fragiles ? Reste que les donnés les plus récentes (2009) du World Population Data Sheet positionnent la France au 11éme rang dans le monde pour l’espérance de vie à la naissance derrière le Japon (1er) et la Suisse (2éme), quant aux Américains à la 51 éme place, ils perdent 5 ans de vie sur un Japonais.

 Ce constat explique mes nombreuses interventions au Conseil Général pour sensibiliser les élus au lien agriculture-santé publique et les rendre responsable dans les décisions qu’ils prennent pour l’attribution de subventions en direction des agriculteurs. Nous devons aider tous ceux qui font la démarche de réduire l’usage des pesticides et autres produits de l’industrie chimique, autant pour protéger la santé des consommateurs que pour les agriculteurs eux mêmes et leur famille. Nous devons également inciter les gestionnaires des collèges à acheter des produits Bio en établissant des contrats avec les producteurs locaux pour favoriser les circuits courts de distribution et créer un véritable marché d’intérêt rentable pour les agriculteurs.

 Il devient difficile d’ignorer l’effet nocif dans la chaine alimentaire des traitements des plantes que nous consommons. Il me parait urgent d’inclure, dans le plan de prévention du cancer sur le département des Yvelines, la dimension « Santé-Environnement » et de nouvelles pratiques culinaires dans les cantines des collèges. C’est le choix de société que nous faisons aujourd’hui qui déterminera la qualité et la durée d’ espérance de vie  de nos enfants et petits enfants. Pour eux, soyons prudents et responsables : changeons de cap!

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