LE MEDICAMENT QUI TUE, UN PARADOXE ?

 Encore un nouveau scandale de santé publique avec l’annonce du retrait de la vente du MEDIATOR ! Ce médicament est utilisé contre le diabète et le sur-poids qui sont deux créneaux très lucratifs pour les laboratoires pharmaceutiques. La recherche de nouvelles molécules a toujours été très active dans le monde mais les laboratoires pharmaceutiques français ne s’investissent pas assez ou pas du tout dans les travaux de Recherche & de Développement. J’ai  en effet exercé dans ce secteur, pendant une dizaine d’années. Et ce n’était pas un travail pour des philanthropes, loin s’en faut! Nous fondions nos recherches à partir de molécules découvertes au Japon ou en Italie, ciblées sur les gammes du laboratoire et en fonction du nombre potentiel de malades. Les travaux étaient alors menés avec un grand souci de rentabilité et d’économies, en grande partie financés avec l’argent de la sécurité sociale ! Les médicaments destinés à un public restreint, et donc à une petite quantité de production, n’obtenaient jamais l’autorisation requise pour la mise en route de la chaîne de production.

 Cela explique en partie le peu d’intérêt porté par les laboratoires aux maladies orphelines qui touchent un trop faible nombre de malades, faute de rentabilité des traitements sur le marché! La recherche est alors abandonnée aux institutions, aux associations ou aux fondations, souvent crées par des parents désemparés et financés par des dons ou des financements publics . A l’époque quand la molécule intéressait le laboratoire, nous entamions des essais pharmacologiques, toxiques et cliniques sur des animaux, des volontaires sains ou malades. Aujourd’hui, la « pharmacovigilance » permet de réduire les coûts de recherche ;  la molécule, mise sur le marché après des tests souvent accélérés, fait l’objet d’une surveillance accrue et d’un recensement des effets pervers, déclarés par les prescripteurs. Si trop d’effets secondaires apparaissent dans la population générale, la molécule est retirée du marché. Tant pis pour les heureux précurseurs ! Et tant pis si le temps de réaction est trop long ! Comme avec le Médiator, on compte les morts après…perte de chance d’au moins 7 ans. (Retrait du marché Espagnol : 2003)

 L’autre « originalité » du système consiste en la négociation du prix avec les institutions publiques. Il s’agit, en France, d’une commission interministérielle qui comprend, entre autre, le Budget et la Sécurité Sociale. Cela ressemble, grosso modo à une négociation de marchands de tapis ! Le laboratoire fait valoir les qualités du produit, son prix de revient et le nombre de personnes qui peuvent le produire sur le territoire (on frise le chantage au chômage ou à la délocalisation). Les institutions, quant à elles, fixent le prix de l’unité. Soit tout le monde tombe d’accord et il y a « mise sur le marché » ou bien on trouve une autre façon de présenter le produit ou on négocie une augmentation sur une autre gamme de la marque : « je diminue mes antibiotiques si vous augmentez mon anti-hypertenseur ou j’accepte le déremboursement de certains produits  si vous m’achetez des vaccins ». On peut alors tout imaginer ! Il m’est arrivé de voir un produit anesthésiant refusé au motif qu’il était trop onéreux conditionné en 5 ml, bien que cette dose soit nécessaire pour une anesthésie efficace. Reproposé en conditionnement de 2 ml, il a été accepté car l’unité était moins chère. L’anesthésiste devrait alors casser 3 ampoules pour une anesthésie efficace et jeter 1 ml par anesthésie. Cherchez l’erreur !

 Enfin et pas le moindre, le médicament est présenté par des démarcheurs commerciaux auprès des médecins en ville et dans les hôpitaux. La méthode marketing, sous le vernis éthique : « je vous informe des nouvelles découvertes médicales » vise, en réalité, à faire prescrire son produit plutôt que celui du concurrent. Peu importe la méthode car, in fine, le salaire du démarcheur dépend de son chiffre d’affaire produit par le nombre d’unités prescrit par les médecins de son secteur. Cherchez l’erreur ! Pour moi, la prescription d’un médicament doit, avant tout, être basée sur des travaux scientifiques indépendants et doit faire partie intégrante de l’enseignement universitaire. Il ne doit en aucune façon être financé par les laboratoires, d’autant plus que le marketing est inclus dans le prix du médicament remboursé par la sécurité sociale !

 Le médicament est devenu un produit marchand comme les autres qui répond aux lois du marché, de l’offre et de la demande. L’industrie pharmaceutique répond aux mêmes lois économiques que pour les autres industries dans ce grand marché libéral qui distribue toujours plus de bénéfices aux actionnaires. (En moyenne + de 21%) Ce « business » pharmaceutique s’accomplit,  en garde partie, aux frais de la sécurité sociale, qui atteindra 30 milliards de déficits, malgré les plans « d’économies » successifs. Ce système ne mérite-t-il pas une régulation beaucoup plus contraignante et des politiques beaucoup plus  responsables ?

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