PENSER L’AGRICULTURE COMME SOURCE DE VIE

Permettez-moi d’être scandalisé à la lecture d’un article sur la prochaine cotation du lait en bourse. Certes, du lait en poudre ! Alors que l’on connait les dégâts causés par l’augmentation du prix du lait en poudre dans les pays en voie de développement pour nourrir les enfants. Les grands industriels de l’agroalimentaire ne vont certainement pas se gêner  pour spéculer sur leurs produits. Et, qui payera les pots cassés ? Les producteurs de lait qui sont « au pis de la vache ! »

Autre sujet de scandale : les exploitations de coton génétiquement modifié aux Etats-Unis ;  dans les champs traités avec des herbicides Monsanto, certaines herbes sont devenues ultra-résistantes et ont envahi les cultures. Or, cela pose des problèmes pour s’en débarrasser… par binage ! Pour augmenter le profit de cette culture intensive, on se retrouve à revenir en arrière sans savoir comment éliminer les herbes résistantes. Il n’y a plus que ceux qui ont conservé un échantillon de graines traditionnelles qui peuvent espérer rattraper en partie leurs récoltes 2010.

Dans le même temps, on nous abreuve de chiffres sur l’augmentation de la faim et de la pauvreté dans le monde. Serions-nous sur une autre planète ? Ceux qui profitent des transformations agroalimentaires et ceux qui sanctifient l’agriculture intensive des OGM,  n’auraient-ils que le profit en tête, n’auraient-ils aucun scrupule envers les plus vulnérables ?

Ces deux articles dans Le Monde, m’ont poussé à réagir lors d’une  séance du Conseil Général lequel accordait des aides aux agriculteurs favorisant les cultures intermédiaires pour piéger le nitrate (polluant d’origine agricole). Oui, je suis pour que les collectivités et l’Etat intensifient les aides pour toutes les initiatives qui favorisent la dépollution des terres et le retour à des techniques de culture moins gourmande en parasiticides, herbicides, fongicides et insecticides.

Je n’ai pas d’à priori sur la recherche agricole qui peut sous certains climats répondre au problème de la faim en permettant des cultures sur des terres aujourd’hui hostiles mais sur les terres en France, ont-elles une raison d’être ? N’avons-nous pas dans ce domaine une responsabilité en matière de santé publique ? Sachons préserver la qualité de la terre et  assurer notre indépendance alimentaire en repensant la culture traditionnelle et vivrière. Car, c’est aussi le rôle des politiques et des citoyens de fixer les limites des chercheurs et des exploitants.

Je crois qu’il y a plusieurs types d’agriculteurs : ceux qui aimeraient faire du bio, mais qui n’en ont pas les moyens,  ceux qui n’en feront jamais et qui n’ont pas de scrupules à polluer et à empoisonner tant que ça rapporte, il y a ceux qui font du bio depuis toujours mais qui ne sont pas labellisés et ne font pas partie de réseau, et il y a ceux qui  aimeraient faire du bio MAIS « que si tout le monde s’y met ?» et ceux qui démontrent qu’une agriculture raisonnée est possible et rentable.

L’agriculture raisonnée demande beaucoup plus d’attention et de suivi des cultures afin de prendre en compte la protection de l’environnement, la poursuite de la polyculture et la rentabilité pour les agriculteurs. C’est dans cet état d’esprit que je pense que l’agriculture raisonnée doit pouvoir recevoir les mêmes aides que celles accordées aux PME PMI qui participent à la recherche et à l’innovation.

La compétitivité de l’agriculture doit se faire par la création de valeur ajoutée. Elle passe par la diversité des produits, les démarches de qualité et d’origine, les circuits courts, la transformation sur zone, l’amélioration des rapports de négociation au sein des filières agroalimentaires.

Il n’y a pas qu’une seule approche de l’agriculture. Ne négligeons pas celle qui garantit notre indépendance alimentaire et préserve la santé des consommateurs comme celle des agriculteurs plus exposés aux produits polluants La France dispose d’une multitude de terroirs, ce qui la dote d’une capacité à faire vivre plusieurs modèles de production agricole autour d’une gamme très large de produits. Avant le seul profit, pensons à préserver l’humanité.

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